proceedings
Géraldine Sauvage
À la recherche d'un corps : phénoménologie du vécu anorexique
Volume 21 (2025), Numéro 5 (Série Actes, 15: Perception amodale, intersensorialité, synesthésie), p. 315-326
Résumé: L’être anorexique est remarquable au sens où il se remarque. À première vue, son corps diaphane et décharné laisse entrevoir une entreprise radicale de dématérialisation. La compréhension de l’expérience anorexique en termes de dématérialisation peut être défendue à condition que l’on pose un regard en extériorité sur le corps et le comportement anorexiques. Par contre, si l’on essaie d’examiner le vécu anorexique depuis une perspective à la première personne et si l’on tend à adopter le point de vue de la personne anorexique elle-même, la compréhension première en termes de dématérialisation devient largement insuffisante. L’objectif de cet article est d’épouser le vécu anorexique et de montrer que la personne anorexique — nous emprunterons le prénom Camille pour désigner cette dernière — fait en réalité moins disparaître son corps qu’elle ne le fait radicalement apparaître. L’intérêt de ce renversement de point de vue est de proposer une lecture positive du comportement anorexique. L’hypothèse de cet article est que le comportement anorexique peut être compris comme une tentative de coïncidence parfaite à soi. Sont mobilisés à l’appui de cette hypothèse les travaux d’Emanuele Coccia (La Vie sensible, 2013) et de Massimo Recalcati ("L’anorexie comme suicide différé", 2011) ainsi que le film norvégien The Self Portrait de Margreth Olin, Katja Høgseth et Espen Wallin (2020).
Keywords: body, Coccia, Recalcati, Høgseth, Olin, Wallin.
